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  • Personne n'est jamais sorti indemne du "Tour d'écrou", vous êtes prévenus.
    Et pourtant, Jose Luis Borges, Maurice Blanchot, Tzvetan Todorov sont tous venus tenter d'en décrypter le mystère.
    C'est avant tout à un terrible et maléfique jeu de miroirs que nous convie Henry James : jeux de miroirs dans l'écriture, entre le journal de la gouvernante qui nous est donné à lire, et ce que nous imaginons du réel à travers son écriture.
    Mais surtout, les deux enfants. Pris à leur obsession, traqués par leurs images intérieures ? Et le combat mené contre la peur, si cette peur se manifeste par le réveil des morts (elles étaient bien réelles, les morts de Peter Quint et de la précédente gouvernante), cela met-il en cause leurs apparitions comme réelles ? Ou pourquoi pas la simple manipulation de la gouvernante par deux enfants cruels ?
    Personne n'a jamais pu trancher. Seulement voilà : on sort tremblant d'un livre éblouissant, tendu, partout précis comme une arme.
    Henry James, né à Albany, mais qui a vécu la plus grande partie de sa vie en Europe, est un géant de la littérature anglophone. C'est un avocat, Jean-Maurice Le Corbeiller, qui en 1929 est le premier à traduire "Le tour d'écrou" et "Les papiers d'Aspern". Traduction belle et tendue, elle aussi, qui ouvrira grand nos propres portes à l'oeuvre de James.
    FB

  • Assurément un des plus fascinants pièges à fiction tendus par Henry James.
    Et le premier traduit avec "Le tour d'écrou", magistralement, par Le Corbeiller en 1929, pour faire entrer James dans la langue française.
    Bien sûr, la ville : le silence enclos dans cette grande salle obscure d'une maison labyrinthique, et l'eau et l'âge de Venise autour, qu'on arpente. James a suffisamment connu Venise pour en aspirer ce secret, si lié à notre imaginaire.
    Mais d'abord le chemin de crête, celui qu'il reprendra avec "La leçon du maître" et "L'image dans le tapis" entre autre : la création littéraire peut-elle se transmettre ?
    À quel prix, et en s'autorisant quelle rançon à mort sur ceux que nous pillons ?
    Et c'est bien de ce genre de vol et pillage qu'il s'agit, froidement, dans l'entreprise montée par le narrateur pour s'approprier ces fameux "papiers" d'Aspern. Aux mains de ces deux femmes, la vieille et la jeune, dans l'appartement clos de Venise, leur secret est stérile. Cela rejoint les débats en cours sur le droit d'auteur : pour un écrivain de la stature de Jeffrey Aspern (comme on utiliserait la même phrase pour le Bergotte de Marcel Proust), les archives n'appartiennent-elles pas à nous tous ?
    C'est sur tout cela que James organise cette danse lente, tournoyante et sombre, magistrale.
    FB

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