Humensis

  • Plus personne ne se permettrait de traiter Albert Camus de « philosophe pour classes terminales ». La poussière des polémiques retombée, il apparaît que l'écrivain a porté un regard bien plus lucide, profond et courageux que beaucoup de ses contemporains sur les enjeux politiques, moraux et esthétiques. Il a même des choses importantes à nous apprendre, aujourd'hui encore, afin d'éclairer les combats pour la liberté face au nihilisme et à la violence. C'est un Camus écrivain-philosophe et penseur pour notre temps qu'explorent les contributions de ce dossier : ses relations au mouvement anarchiste et à l'antitotalitarisme, son regard artiste et moraliste sur la folie meurtrière du XXe siècle, sa critique de la fuite en avant technologique, ses avertissements sur les logiques liberticides de notre temps sont autant de thèmes étudiés ici par quelques-uns de ses meilleurs spécialistes.

  • Jamais sans doute le concept de biopolitique, inventé par Michel Foucault en 1975, il y a donc quarante-cinq ans, n'aura mieux prouvé sa pertinence que dans la période actuelle. La biopolitique chez Foucault se caractérise en particulier par deux dimensions : la prise directe du pouvoir sur le vivant (la natalité, l'alimentation, la reproduction, la mortalité, etc.) et l'application de ses procédures aux populations (et non plus aux individus en tant quel tels). Ces deux dimensions sont exercées par le pouvoir politique aujourd'hui en une sorte de biopolitique du coronavirus, qui peut aller jusqu'à menacer les libertés individuelles (contrôle électronique de la population sous différentes formes). Il va de soi qu'elle ne consiste pas qu'en un exercice des procédures du pouvoir, elle a besoin, comme on vient de le voir, d'un discours pour produire et reproduire la croyance et donc l'ordre. Donner crédit au discours du pouvoir est le rôle joué en France par ledit « conseil scientifique » (réunion de médecins et autres personnalités choisies en raison de leurs compétences supposées) : quelle que soit la compétence de chacun de ses membres, son fonctionnement sous l'oeil du pouvoir n'a rien de neutre ou d'anodin. Pour crédibiliser le récit du gouvernement, le conseil en question doit dire sur l'essentiel ce que le pouvoir veut entendre. Il devient par nature, et malgré quelques divergences, l'instrument du pouvoir qui l'instrumentalise. Se forme ainsi le noeud du savoir et du pouvoir qui produit le récit (le récit de récits) du pouvoir.

  • La langue sous contrôle ? Nouv.

    Le militantisme linguistique qui caractérise l'écriture inclusive alimente vivement le débat médiatique, mais il ne s'agit que du symptôme bruyant d'un mouvement plus vaste et inédit par son ampleur. La langue est devenue l'objet d'enjeux politiques qui imposent de n'y voir que le résultat de pressions idéologiques et de déterminismes extérieurs à elle. Cette politisation de la langue avec le projet de la contrôler est en train de modifier notre rapport au monde dans ses cadres de perception et de connaissance. A travers de purs rapports de force, tente de s'imposer une vision identitaire, anti-universaliste et déterministe de la langue, qui remet en cause les acquis de la linguistique depuis Saussure.

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